Permis G au Tessin : conditions, renouvellement, changement d’emploi

En bref

Le permis G est le permis des frontaliers : on le demande quand on travaille au Tessin tout en gardant son domicile à l’étranger. La demande se dépose auprès de l’Office de la migration avant le premier jour de travail, et depuis le 3 août 2026 uniquement en ligne. Pour les ressortissants de l’UE et de l’AELE, il coûte 75 francs, vaut cinq ans avec un contrat d’au moins un an et impose de rentrer chez soi au moins une fois par semaine.

Jusque-là, rien que l’on ne trouve partout. Les détails qui font la différence, eux, se cachent dans quelques pages de la Section de la population du canton et dans deux accords entre États, et beaucoup de guides en ligne s’arrêtent avant. Nous les avons lus en entier, en commençant par la question la plus simple : qui a droit au permis.

Qui peut obtenir le permis G

Pour un ressortissant de l’Union européenne ou de l’AELE, il y a trois conditions : habiter dans un État de l’UE ou de l’AELE, travailler en Suisse et rentrer chez soi chaque jour ou au moins une fois par semaine. Elles figurent à l’article 7 de l’annexe I de l’Accord sur la libre circulation des personnes. Ce qui compte, c’est le contrat avec un employeur en Suisse, pas la commune où l’on habite.

Pour les ressortissants de l’UE et de l’AELE, les zones frontalières n’existent plus. Le Secrétariat d’État aux migrations le dit en une ligne : « Les zones frontalières ont été supprimées. » Un frontalier UE/AELE peut donc habiter n’importe où dans l’Union ou dans l’AELE et travailler dans toute la Suisse. Un ingénieur qui vit à Bergame et travaille à Lugano a droit au permis G au même titre qu’une caissière de Côme.

Pour les ressortissants d’États tiers, les règles sont plus strictes. La loi fédérale sur les étrangers et l’intégration pose deux conditions : un droit de séjour durable dans un État voisin, avec une résidence d’au moins six mois dans la zone frontalière, et un emploi en Suisse dans la zone frontalière. Le Tessin leur délivre un permis valable uniquement dans le canton et soumet ces demandes à un examen du marché du travail, avec une taxe à part. Le tableau résume les différences qui comptent le plus en pratique.

Règle Ressortissants UE/AELE Ressortissants d’États tiers
Où le permis est valable Toute la Suisse Canton du Tessin uniquement
Où l’on peut habiter Partout dans l’UE/AELE Dans la bande de 20 km le long de la frontière
Changement d’employeur Une annonce préalable suffit Nouvelle autorisation nécessaire
Pièce pour la demande Carte d’identité valable pour l’étranger ou passeport Passeport

Emplois de courte durée : parfois, une annonce suffit

Un ressortissant UE/AELE qui travaille en Suisse trois mois au plus par année civile n’a pas besoin du permis G. Selon le Secrétariat d’État aux migrations, ces activités ne demandent qu’une annonce en ligne. Au-delà de trois mois et en dessous d’un an, il faut le permis, qui dure alors autant que le contrat.

Si vous acceptez une mission saisonnière de dix semaines et n’avez pas encore travaillé en Suisse cette année-là, l’annonce suffit donc. Si vous signez pour quatre mois, vous devez demander le permis. Une fois réglée la question du permis, reste à savoir où l’on peut habiter.

Où habiter avec un permis G

Pour le permis G, un ressortissant UE/AELE peut habiter dans n’importe quelle commune de l’Union ou de l’AELE. Pour le fisc, en revanche, si vous habitez en Italie, c’est votre commune de résidence qui compte. Ce sont deux règles différentes, inscrites dans deux accords différents, et les confondre peut coûter cher.

L’accord entre la Suisse et l’Italie relatif à l’imposition des travailleurs frontaliers, à son article 2, ne considère comme frontalier que la personne qui réside fiscalement dans une commune située, entièrement ou en partie, dans un rayon de 20 km de la frontière, qui travaille comme salariée au Tessin, aux Grisons ou en Valais et qui rentre chez elle, en principe, chaque jour. Le permis G ne figure pas parmi les conditions. Qui habite à Milan et travaille à Lugano a un permis G valable, mais n’est pas frontalier aux yeux du fisc : ses impôts suivent d’autres règles, que nous expliquons dans l’article sur les impôts des frontaliers avec le nouvel accord.

Pour les ressortissants d’États tiers, la distance compte aussi pour le permis. La notice du Tessin pour les ressortissants d’États tiers, en italien, précise que le permis perd sa validité si son titulaire transfère son domicile à l’étranger hors de la bande frontalière de 20 km. Pour eux, un déménagement de Varèse à Bologne fait perdre le permis.

Une obligation vaut en outre pour tout le monde : une nouvelle adresse à l’étranger doit être annoncée à l’Office de la migration dans les 14 jours. Elle a aussi un coût, que nous verrons plus bas. Avant cela, une règle qui prête à confusion : le retour au domicile.

Retour hebdomadaire : ce que la loi exige vraiment

Le permis G impose de rentrer chez soi à l’étranger au moins une fois par semaine. Si vous respectez cette règle, vous pouvez dormir au Tessin les autres nuits. La notice de l’Office de la migration pour les ressortissants UE/AELE, mise à jour en septembre 2024, le formule ainsi : le permis donne le droit de passer la nuit dans n’importe quelle commune de Suisse, mais le frontalier doit quitter le pays au moins une fois par semaine et annoncer sa présence au contrôle des habitants de la commune où il dort.

Concrètement : si vous passez les nuits du lundi au jeudi dans un studio à Bellinzone et rentrez à Sondrio le vendredi, vous êtes en règle avec le permis, à condition de vous être annoncé à la commune de Bellinzone. Sans cette annonce, vous risquez une amende. Pour les ressortissants d’États tiers, le risque est plus grand : leur notice cite l’absence de retour hebdomadaire comme exemple de séjour illégal, un motif de révocation du permis.

Schéma d’une semaine. Permis G : nuits au Tessin du lundi au jeudi et au domicile dès le vendredi, avec annonce à la commune. Frontalier au sens fiscal : au domicile chaque nuit, dans une commune à moins de 20 km de la frontière
La même semaine vue par le permis G et par l’accord fiscal. Notre schéma, d’après l’Accord sur la libre circulation, les notices de l’Office de la migration et l’accord fiscal de 2020.

Le fisc, nous l’avons vu, se fonde sur le retour quotidien. Si vous dormez souvent au Tessin, vous gardez votre permis G mais pouvez perdre le statut fiscal de frontalier, avec des impôts très différents. Avant de louer une chambre près du travail, mieux vaut donc faire deux calculs, pas un seul. L’étape suivante est la demande.

Demander le permis G depuis le 3 août 2026

Depuis le lundi 3 août 2026, les demandes de permis se déposent uniquement par la nouvelle procédure numérique, comme l’annonce la page des actualités de la Section de la population (Sezione della popolazione). Le formulaire se remplit en ligne, les documents se joignent sous forme électronique et ne doivent plus être envoyés en plus par la poste. À la fin, vous recevez un accusé de réception ou une attestation qui confirme l’envoi.

Avant le formulaire, il reste toutefois une étape en personne. La page du canton sur la demande d’un nouveau permis G indique que si votre employeur a son siège au Tessin, vous devez vous présenter à un poste de gendarmerie pour le contrôle de votre pièce d’identité. Cinq postes sont indiqués : Camorino, Caslano, Locarno, Mendrisio et Noranco. La copie de la pièce certifiée par la gendarmerie se joint à la demande.

Le formulaire lui-même dresse la liste de ce qu’il faut avoir sous la main.

Formulaire en ligne du Tessin, en italien : données d’identité, des parents, du conjoint et des enfants, numéro AVS ; copie du passeport ou de la carte d’identité ; contrat avec début, durée, taux d’occupation et salaire ; délai de 60 jours
La liste qui ouvre le formulaire en ligne, en italien, pour un nouveau permis G : données personnelles, copie de la pièce d’identité, contrat de travail et délai de 60 jours. Source : pform.ti.ch, consulté le 17 octobre 2026.

Deux détails méritent l’attention. Le contrat doit indiquer quatre éléments : date de début, durée, taux d’occupation et salaire. Une offre par e-mail sans ces données ne suffit pas. Et la demande n’est considérée comme reçue que lorsque tous les documents ont été transmis, au plus tard 60 jours après l’envoi.

Pour les ressortissants italiens, une échéance est à prendre au sérieux. Le Tessin rappelle que depuis le 3 août 2026, l’ancienne carte d’identité italienne en papier n’est plus valable pour sortir du pays, quelle que soit la date d’expiration imprimée. Pour les ressortissants UE/AELE, le formulaire n’accepte qu’une carte valable pour l’étranger ou le passeport : si vous avez encore la carte papier, demandez à temps son remplacement aux autorités italiennes, avant de lancer la démarche.

Après l’envoi arrive la convocation pour les données biométriques, c’est-à-dire la photo et la signature pour la carte du permis. Depuis le 9 décembre 2025, le Tessin l’envoie par e-mail à l’adresse indiquée dans la demande, avec un lien pour déplacer le rendez-vous et un rappel trois jours avant. Le formulaire recommande d’ailleurs de vérifier aussi le dossier des courriers indésirables.

L’employeur a lui aussi une tâche. La notice lui rappelle que toute entreprise qui emploie du personnel étranger non domicilié doit s’inscrire auprès du service de l’impôt à la source dans les 8 jours suivant l’engagement. Ce n’est pas à vous de le faire, mais un nouvel employeur peu habitué aux frontaliers pourrait l’ignorer.

Combien coûte le permis G

Pour un ressortissant UE/AELE majeur, l’octroi coûte 75 francs, tout comme le renouvellement. Les tarifs sont publiés sur la page du renouvellement du permis G, avec ceux des ressortissants d’États tiers, qui paient plus cher dans presque tous les cas.

Opération UE/AELE, adultes États tiers
Octroi 75 francs 110 francs
Renouvellement 75 francs 90 francs
Changement d’emploi 60 francs 110 francs
Nouvelle adresse à l’étranger 40 francs 55 francs
Duplicata 60 francs 55 francs

Pour les ressortissants UE/AELE peuvent s’ajouter 15 francs lorsqu’une nouvelle photo et une nouvelle signature sont nécessaires et, pour une nouvelle adresse ou un nouvel état civil, 10 francs pour imprimer la nouvelle carte. Les mineurs paient 40 francs pour presque toutes les opérations, 30 pour une nouvelle adresse. Pour les ressortissants d’États tiers s’ajoute la taxe d’examen du marché du travail : 150 francs pour l’octroi, 100 pour le renouvellement et 150 en cas de refus.

Reste une dépense évitable : quand la demande est incomplète, le rappel envoyé en recommandé coûte 20 francs. Un dossier complet dès le premier envoi vous l’épargne. Une fois payé, le permis dure longtemps, mais pas éternellement.

Combien de temps dure le permis G et comment le renouveler

Avec un contrat de durée indéterminée ou d’au moins un an, le permis G UE/AELE vaut cinq ans. Avec un contrat plus court, entre trois mois et un an, il dure autant que le contrat. C’est ce que confirment l’annexe I de l’Accord sur la libre circulation et la page du Secrétariat d’État aux migrations. L’accord ajoute que le titre est prolongé d’au moins cinq ans, pour autant que le frontalier prouve qu’il travaille.

C’est à vous de demander le renouvellement, pas à l’employeur, au moins 14 jours avant l’échéance et par la procédure en ligne. Sur ce point, la notice du canton est claire. Si vous l’oubliez et laissez expirer le permis, vous ne pouvez plus le renouveler : il faut déposer une nouvelle demande d’octroi, comme la première fois. Il en va de même si vous avez cessé de travailler depuis plus de six mois.

Pour les ressortissants d’États tiers, le permis a une durée limitée et peut être prolongé. Après cinq ans d’activité ininterrompue, la loi sur les étrangers et l’intégration donne droit à la prolongation, s’il n’existe aucun motif de révocation. Cinq ans, c’est long, et l’échéance arrive quand plus personne n’y pense. Avant le renouvellement, pourtant, une autre chose arrive souvent : un changement d’emploi.

Changer d’employeur avec un permis G

Un frontalier UE/AELE peut changer d’employeur sans demander d’autorisation à quiconque. La notice du Tessin parle d’un droit à changer de poste avec un permis valable, dans les six mois qui suivent la fin de l’emploi précédent, sans attendre d’autorisation. Il suffit de l’annoncer à l’Office de la migration avant de commencer le nouvel emploi. L’annonce d’un changement de poste coûte 60 francs.

L’ordre des étapes compte. La fin des anciens rapports de travail doit être annoncée dans les 14 jours, comme l’exige la page sur la fin de l’activité ; l’annonce peut venir de vous, de l’employeur ou des deux. Si le nouvel emploi commence avant la fin de ces 14 jours, l’annonce de fin des rapports de travail se dépose en même temps que celle du changement. Si vous passez d’une entreprise de Mendrisio à une entreprise de Lugano le lundi suivant, tout se règle donc en une seule démarche.

Pour les ressortissants d’États tiers, c’est l’inverse : chaque changement d’emploi exige une nouvelle autorisation, à demander avant de commencer. Après cinq ans d’activité ininterrompue, l’ordonnance relative à l’admission, au séjour et à l’exercice d’une activité lucrative réduit cette obligation à une annonce avant la prise d’emploi.

Reste le volet fiscal, auquel le permis ne touche pas. Le nouvel employeur doit savoir de quel régime fiscal vous relevez, faute de quoi il risque de mal prélever l’impôt à la source : nous en parlons dans l’article sur les impôts cité plus haut. Côté permis, il reste à savoir ce qui se passe si le nouvel emploi ne vient pas.

Quand le permis G prend fin

Le permis G UE/AELE perd sa validité dans trois cas : à son échéance, six mois après la fin de l’activité lucrative ou en cas de révocation. Selon la notice, la révocation est possible si le permis a été obtenu par de fausses déclarations ou en taisant des faits importants, si une condition liée à l’octroi n’est pas respectée ou si le comportement du titulaire donne lieu à des plaintes graves. Ne pas respecter les obligations d’annonce expose à une amende.

Les six mois sont la marge pour chercher un nouveau poste avec un permis encore valable : si vous trouvez un emploi pendant cette période, vous annoncez le changement et continuez. Après six mois sans travail, il faut en revanche une nouvelle demande d’octroi, avec un nouveau contrat en main et la taxe d’octroi. Les indemnités de chômage sont une autre question, avec leurs propres règles.

Les délais à noter dans votre agenda

Le permis G n’exige pas grand-chose, mais il exige de la ponctualité. Presque chaque étape a un délai précis, et presque chaque délai manqué coûte une amende, une taxe de plus ou une démarche à refaire. Le schéma réunit ceux qui valent pour un ressortissant UE/AELE.

Ligne du temps du permis G UE/AELE : demande avant le premier jour, 14 jours pour annoncer adresse, état civil et fin de l’emploi, annonce avant le nouvel emploi, validité perdue après 6 mois sans travail, renouvellement 14 jours avant
Les délais du permis G pour les ressortissants UE/AELE. Notre schéma, d’après la notice et les pages sur le permis G de la Section de la population du canton du Tessin.

Si vous venez de recevoir une offre au Tessin, voici le parcours. Vérifiez que votre pièce d’identité est valable pour l’étranger. Demandez à votre futur employeur un contrat signé avec la date de début, la durée, le taux d’occupation et le salaire. Passez à l’un des postes de gendarmerie pour la copie certifiée, puis ouvrez la demande en ligne et joignez tous les documents dès le départ, pour ne pas payer de rappel. Le jour où vous recevez la carte, notez dans votre agenda la date du renouvellement moins deux semaines.

Pour toute question sur votre cas, l’Office de la migration (Ufficio della migrazione) répond au +41 91 814 55 00, du lundi au vendredi, de 8 h à 12 h et de 13 h 30 à 17 h. Un appel avant de signer coûte moins cher qu’une démarche à refaire après.

Questions fréquentes

Peut-on travailler dans un autre canton avec un permis G ?
Oui, si vous êtes ressortissant de l’UE ou de l’AELE. Le permis G UE/AELE est valable dans toute la Suisse, et l’Accord sur la libre circulation des personnes garantit la mobilité professionnelle et géographique sur l’ensemble du territoire. Pour les ressortissants d’États tiers, en revanche, le permis délivré par le Tessin n’est valable que dans le canton du Tessin.
Un indépendant peut-il obtenir un permis G ?
Oui, s’il est ressortissant de l’UE ou de l’AELE. L’Accord sur la libre circulation prévoit pour les frontaliers indépendants un titre spécifique d’au moins cinq ans, à condition de prouver qu’ils exercent ou veulent exercer une activité indépendante. Le Tessin publie pour ce cas une notice à part, distincte de celle des salariés.
Que faire en cas de perte du permis G ?
Demandez un duplicata à l’Office de la migration du Tessin avec la procédure en ligne. Pour un ressortissant UE/AELE majeur, il coûte 60 francs, plus 15 francs si une nouvelle photo et une nouvelle signature sont nécessaires. Pour les ressortissants d’États tiers, le duplicata coûte 55 francs.
Peut-on habiter au Tessin avec un permis G ?
Non. Le permis G s’adresse à ceux qui travaillent en Suisse sans y transférer leur domicile. Vous pouvez dormir dans une commune suisse pendant la semaine, en vous annonçant, mais votre domicile principal reste à l’étranger. Pour vivre au Tessin, il faut demander un autre type de permis à l’Office de la migration.

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